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Démarche

Ma pratique plastique est une archéologie du sensible. Je cherche à donner corps à ce qui nous chahute. Nous arrête. Nous anime. Nous embrase !

J’explore la manière dont les émotions se déposent en nous pour former la charpente invisible de nos postures. C’est dans la confusion de ce qui se joue ou se rejoue — entre mémoires proches et réminiscences lointaines — que mon travail s’inscrit et prend forme.

J’utilise des formes « pré-établies » comme un alphabet. Répétées, découpées puis cousues, elles forment des strates qui s’agencent par accumulation, compression ou glissements. De ces « corps matrices » s’échappent des fils noués, des broderies et des perles scintillantes. Entre protection et débordement, les sculptures s’arriment ou flottent dans l’espace. Elles sont les « vaisseaux oscillants » de nos expériences vécues.

Mes gestes sont ceux de l’absorption et de la répétition. Je ne répète pas pour reproduire, mais bien pour produire un devenir ! De combien de temps avons-nous besoin pour que le geste digère et stabilise ce qui vacille en nous ? Comme le soulignait Gilles Deleuze, si la répétition peut enchaîner, elle est aussi ce qui nous libère. Par ces gestes simples — coudre, nouer, broder — j’interroge les rites textiles, historiquement domestique et féminin. Effectués seule ou en session ouverte et partagée, j’active la force du collectif et célèbre ce qui nous relie. 

Dans l’étreinte, je remonte à la surface ce qui nous bouscule. Je transforme nos arrachements en énergies. Par leur matière et leur déploiement, les sculptures arborent une douceur. Silencieuse. Puissante. Je la revendique ! J’aime l’idée de venir cajoler ce qui se tapit en nous. De faire de ces vaisseaux, le lieu commun de nos rencontres, de nos liens. De l’oscillation, le souffle. L’élan nécessaire pour rendre le monde habitable.